samedi 19 septembre 2015

Une même soirée, deux vécus : l'expérience du genre déterminante.

Toi qui sors en soirée tranquillou pépouze le jeudi soir avec tes potes et tes potesses, t’es-tu demandé si ton genre influence la façon dont tu vivais ces soirées ?

Aujourd’hui c’est l’expérience que je te propose. Peut-être ça te semblera caricatural, mais peut-être tu t’y reconnaitras aussi…

NB :  J’ai fait le choix de ne pas utiliser l’écriture inclusive pour parler comme la majorité d’entre nous étudiants sciencepistes, et de cette situation car elle me parait plus facilement transposable dans vos vies. La situation est donc très cis et hétérocentrée, et j’espère que personne ne se sentira blessé-e de ces choix. 

Jeudi après-midi, tu organises ta petite soirée avec tes potes. « on se retrouve chez M. à 21h30, ça vous va ? », tu ramènes de l’alcool. Tu passes au Carrefour, t’hésites entre prendre un pack de kro ou une bouteille de vinasse. Tu te décides, ce sera le pack de bières, au moins y en a plus. Tu sors du Carrefour ton pack à la main, tu croises un SDF qui te regarde d’un air dépité, tu rentres chez toi, tu manges un bol de pâtes à la tomate avant de repartir chez ton pote M. Tu prends le métro jusqu’à St Anne, il est un peu rempli de mecs, qui, comme toi, partent en soirée. Y a des filles aussi, en groupe. Tu descends, tu vas jusqu’à chez ton pote M. Tu retrouves tes potes, vous buvez, vous rigolez, vous êtes vite torchés. Et puis quelqu’un propose de sortir en boîte, t’es pas contrariant comme gars, tu dis ouais ça peut être marrant allons y. Vous êtes torchés et vous marchez dans les rues sans trop vous poser de questions, ah si est-ce qu’on va pécho ce soir, est-ce que la musique en boîte va être bien, est-ce que vous allez à la boîte de la dernière fois ?

Vous arrivez enfin à la boîte. C’est rempli de belles meufs, de toute façon t’es tellement torché tu t’en fous pas mal du moment que tu peux pécho. Vous dansez ensemble puis tu pars de ton côté, t’as repéré une petite meuf, longs cheveux bruns, des jolis yeux (mais là ils sont fermés parce qu’elle danse et qu’elle fait la meuf genre sexy t’as vu, et ce qu’elle de plus bas que les yeux est vraiment pas mal non plus), tu vas tenter ta chance. Tu te mets derrière elle, tu commences à danser. Elle te regarde, au début elle a pas l’air convaincue, tu l’as un peu dérangé, elle dansait avec ses potes à la base. Mais bon elle a l’air d’être bien quand même, donc t’avances ta main sur son corps pour voir. Ah ben elle dit rien, cool, y a moy’ ça veut dire. Vous finissez par vous pécho méchamment sur la piste de danse. Et la tu te dis, mec t’as bien joué, ce soir tu rentres pas chez toi.

Le lendemain matin, le réveil est un peu dur mais la meuf, C, est sympa, vous déconnez un peu, puis vous recouchez ensemble. C’est plutôt cool avec elle, et puis surtout elle a des boobs de ouf. Et puis tu dois partir parce que t’as rdv à la BU pour bosser un exposé avec tes potes de TD. Tu lui expliques, elle est compréhensive, vous échangez vos numéros, tu la rappelleras peut-être, peut-être pas, bon mais tu lui dis que oui parce que sinon c’est pas le top. Allez salut, c’était sympa.

T’arrives à la BU vendredi matin la tête dans le cul. Tu racontes tes exploits à tes potes, ils ont l’air plutôt fiers de toi. Tu passes à autre chose. La meuf t’envoies un texto 2 jours plus tard « C’était cool l’autre soir ! Tu vas bien toi ? » t’oublies de répondre. Ou alors tu réponds mais sans grand intérêt. Et puis tu la zappes, parce que des meufs du jeudi soir, y en a souvent, et tu sais bien qu’elles vont pas changer ta vie.

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Jeudi après-midi, avec les filles vous discutez de ce que vous allez faire le soir. T’es hyper opé pour aller en boîte alors t’essaies de motiver les autres. Bon ok, qu’elles disent, mais on fait le before où ? O. a un grand appart, ça peut être chez elle. C’est un peu loin de chez toi mais tant pis, tu prendras le métro. Avant d’y aller tu manges un peu, puis tu vas chercher une bouteille d’alcool au carrefour à côté de chez toi. Tu sors du Carrouf la bouteille à la main, tu croises un SDF qui te regarde. Tu le regardes à ton tour et puis, jaugeant ta petite robe et ta bouteille, il gueule « Pétaaaaaaaaaasse ». Tu sais même pas quoi répondre, tu tournes les talons et tu t’en vas chez ta pote. Dans le métro, c’est bondé de mecs, et pas que des gentils. Y en a un qui te reluque méchamment. On dirait qu’il veut voir en dessous de ta robe. Tu sors dès que tu peux de ce métro, tu aurai dû le prendre avec tes potes, au moins à plusieurs tu n’aurai pas vu ces dégueulasses. Enfin ça ne va pas t’empêcher de passer une bonne soirée, t’inquiètes. C’est ce que tu te dis à toi-même. Chez ta pote, vous rigolez bien entre filles, vous parlez de l’ex de L, qui l’a largué pour un mec – ce sont des choses qui arrivent. Vous vous demandez si vous préférez être larguée pour un mec ou pour une meuf. Ça vous fait rire. Il est 1h du mat, vous êtes torchées, c’est l’heure d’aller en boite.

Vous sortez dans la rue, vous vous dirigez vers la boite. Y a toujours des pervers qui trainent à ces heures tardives, t’aimes pas trop ça quand tu rentres seule. Mais la ça va, vous êtes plusieurs, alors ça devrait aller. Vous allez à une boite où vous pouvez aller à pied, parce que vous avez loupé la dernière heure pour les transports. A un moment, vous croisez un type qui traverse dans le sens inverse de vous. Arrivé à votre hauteur, il s’arrête et t’agrippes par le bras. Tu le regardes d’un air interrogateur et lassé, c’est quoi le deal ? Déjà qu’ils te matent, maintenant ils vont te toucher sans demander comme ça ? Tu arrives à te dégager et à continuer ton chemin.

T’arrives en boîte, y a cette musique tu aimes trop, de Major Lazer. Tu te lances sur la piste et tu danses, t’essaies de pas trop faire la folle quand même, sinon après les gens ils regardent bizarre. Au bout d’un moment, y a ce type qui vient se coller à toi. Tu l’avais pas vu arriver, vu que tu fermes souvent les yeux en dansant. Tu le regardes, mais il est plutôt pas mal donc tout compte fait, t’as bien envie de le choper. Vous dansez un moment en boîte, une heure ou deux, tu sais plus, tes potes sont parties danser ailleurs pour te laisser avec lui. Tu te dis que tu pourrais peut-être l’inviter chez toi, après tout, voilà quoi.

En rentrant chez toi le mec te chauffe, toi aussi tu le chauffes, vous kiffez ça tous les deux. Et le lendemain matin vous remettez ça, vous parlez un peu, en plus il est gentil et intéressant. C’est vraiment un chouette moment. Du coup tu te dis, j’espère qu’il va prendre mon numéro, j’aimerai bien le revoir. Il part, il a des trucs à faire, il prend ton numéro (victoire !). 2 jours plus tard, tu lui envoies un texto. Il te répond évasivement, et puis après plus jamais de nouvelles.

Tes potes te disent « Ouais mais aussi si tu couches le premier soir… » et puis elles t’expliquent qu’un mec que tu rencontres en boite faut pas attendre quoi que ce soit. Et toi tu te dis, zut, parce que c’était quand même bien au lit avec lui, je l’aurai bien refait moi. Je l’ai quand même pas demandé en mariage pourtant…



Qu’est ce qu’on peut tirer comme conclusion de cette expérience ?

Les meufs aussi ont parfois juste envie de coucher, et ce n’est pas parce qu’elles sont de petite vertu ! Eh oui, en 2015 les femmes sont libres d’exprimer et de vivre leur sexualité comme elles le souhaitent ! N’est ce pas merveilleux ? Alors les mecs, s’il vous plait, arrêtez de croire qu’une meuf qui couche le premier soir est une fille facile. Vous aussi vous couchez le premier soir, et on vous respecte quand même… Une fille qui a couché avec vous le premier soir s’est probablement amusé, mais elle a encore tout un tas de trucs à vous apprendre et à vous faire vivre. Elle est toujours digne d’intérêt. Merci de prendre ça en compte dans vos relations à venir.

Les filles : ne croyez pas que profiter de la vie fait de vous quelqu'un de moins respectable, vraiment. Faites toujours comme vous le sentez, et personne n'aura/n'a le droit de vous juger pour ça. 

Le harcèlement de rue, pour vous les mecs : commencez par ne pas agir en prédateur quand vous êtes dans la rue : une femme, seule ou en groupe, n’est pas là pour satisfaire vos pulsions sexuelles. Quand vous voyez une situation ou un autre détenteur de pénis a ce genre de comportement avec une femme : vous pouvez agir. Cliquez pour voir le très bon tumblr d'un mec super cool qui nous apprend comment réagir en cas de harcèlement de rue. 

PS : toutes les expériences de harcèlement de rue sont véridiques. Quant à la situation entre le mec et la fille, elle est très fortement inspirée de faits réels…

Plus sur le harcèlement de rue : 
le tumblr de Répondons ! (un groupe facebook trop bien qui incite à répondre aux harceleurs)

Plus sur le slutshaming : 
Et un autre article sur la culture du viol !

Cet article reflète mon opinion et pas celui de l'asso entière.

Lorenza.

mercredi 29 juillet 2015

L'écriture inclusive



MANIFESTE POUR PLUS DE JUSTICE SOCIALE : L'ECRITURE INCLUSIVE

« Le masculin l’emporte sur le féminin », règle de grammaire, une des seules que tout le monde semble avoir intégré au plus profond de son être quand chaque jour la grammaire est reniée par la majorité d’entre nous (la langue française est fort complexe, je vous l’accorde). 

Nos voisins anglosaxons n’ont pas ce problème, leur écriture est bien moins binaire que la nôtre. C’est pourquoi nous devons faire preuve d’un progressisme bien plus grand pour faire évoluer notre langue. Mais quoi, c’est si difficile de se rendre compte que l’Académie française et des siècles de sexisme ont réduit l’existence féminine à un néant absolu dans une phrase et qu’il est temps de rétablir l’égalité ? Pourquoi ce n’est pas la majorité qui l’emporte ? C’est un système qui a quand même fait ses preuves dans d’autres contextes, par exemple, le vote. Qu’est ce qui  se passerait si on décidait que certains valent plus que d’autres ? Ah oui mais en fait, c’est la monarchie ça ! Je me rappelle ce que ça donne. Ou le fascisme. Peu importe. 

Cette règle me paraît carrément injuste quand je me retrouve dans un groupe constitué de 8 femmes et d’un homme, et que, innocemment, on fait les accords au masculin. WHAT ? Attends, c’est vraiment ce pénis-là, cette expression de genre-là, qui fait que nous ne pouvons pas nous accorder au féminin ? Sérieusement ? 

D’autant plus que dans certains cas, tu ne sais pas forcément si la personne est une femme ou un homme. Ce n’est pas parce que la personne a un passing (=ressemble à) d’homme que c’en est un. En fait c’est peut-être une personne qui a été assignée homme mais qui se sent femme. Ou ni homme ni femme. Ou un peu des deux. Il y a toute une multitude de sentiments qui ne sont pas extériorisés par rapport au genre. Alors tu pourrais malgenrer quelqu’un : genrer un groupe de personnes ou une personne en particulier au masculin, alors que non, en fait il y a cette personne-là, qui ne se sent pas homme. Alors, la solution à tout ça, c’est quoi ? Elle est là, sous tes yeux. L’ECRITURE INCLUSIVE.

TUTO ECRITURE INCLUSIVE :

1) Quand tu ne sais pas (la personne ne s’est pas genré devant toi, tu ne la connais pas assez bien pour connaître son genre) le genre de la personne, tu accordes au masculin, ET au féminin. C’est-à-dire : quelqu’un-e, si tu te sens énervé-e, quand iel viendra
2) Quand tu es face à un groupe de personne constitués d’hommes et de femmes, ou de personnes dont tu ne sais pas le genre : tu accordes au masculin ET au féminin. C’est-à-dire : quand vous êtes rentré-e-s, iels ont été, celleux-là même
3) Quand tu es face à quelqu’un dont l’expression de genre n’est pas celle de son sexe biologique (femme qui possède un pénis, ou homme avec un passing de femme) : tu accordes en fonction de l’expression de genre. C’est-à-dire, tu es avec une femme née avec un pénis : tu es celle que je recherchais, elle a mangé…
4) Quand tu es face à quelqu’un qui n’a pas d’expression de genre binaire (ni homme ni femme, un peu des deux, ça dépend des moments…) : tu accordes au masculin ET au féminin. C’est-à-dire : Iel pense, si tu te sens contrarié-e… 
5)  Tu ne te plains pas que c’est compliqué car toi-même tu sais que toutes les règles de grammaire qu’on t’a apprises quand t’étais enfant sont bien plus dures que ça. Et que c’est pour que nos amis MOGAI puissent se sentir bien dans ce monde. Et que t’as pas envie d’être un-e vieil-le aigri-e que personne n’aime parce qu’iel est méchant-e avec les MOGAI. 

Quelques astuces pour l’écriture inclusive :
Tous, toutes : tou-te-s, toustes
Celle, celui, ceux, celles : celleux
Il, elle : iel
Ils, elles : iels, illes
N’oubliez pas les noms de métier à féminiser : professeure, auteure, etc, et les tirets pour rajouter un –e à la fin des adjectifs et des verbes accordés ! Merci à tou-te-s ! ;)

Tu peux aussi lire un très bon article sur l'écriture inclusive ici.

dimanche 8 mars 2015

Ode à la jupe

C’est fascinant, une jupe. Un cache-corps caméléon qui se décline sous toutes les coutures.
Coupée au bas-mollet, aux genoux cagneux ou à la genèse des gambettes, la jupe reste jupe
lorsqu’elle s’enroule autour de toi. Elle fait sienne pléthore de tissus, motifs et couleurs. Quand tu
noues un paréo sur ton corps doré par le soleil, sens-tu l’essence de la jupe vibrer au-dessus de toi,
en harmonie avec l’extase que te fait ressentir ce vêtement si confortable ? Ravie de te voir le
reconnaître.

A l’approche du printemps, alors que les zoizos gazouillent et que tu n’as plus l’impression
d’avoir Parkinson quand tu pointes ton nez dehors à 8h, qu’il est agréable de se balader en jupe ! Elle
accompagne délicatement chacun de tes mouvements, tandis que l’air doux se fraye un passage
entre tes mollets. Tu avances bien mieux les jambes libres, bipède soulagé de l’oppression du jean.
Pourtant, la jupe est malmenée. Recluse au rayon féminin des magasins de vêtement, elle
s’ennuie un peu. Elle ne comprend pas comment elle a pu être bannie si catégoriquement de la
mode masculine qui nous est présentée, alors que de nombreuses contrées lui permettent de revêtir
les délicieux noms de lava-lava (îles Samoa), sarong (Tahiti), kikepa (Hawaï), suju (îles Fiji), kilt (pas de présentation), sans compter la diversité des jupes traditionnelles indiennes et africaines. Les jambes masculines manquent d’opportunité pour quitter le dilemme matinal entre le pantalon bleu foncé et le pantalon noir.

Elle s’est laissée enfermer dans la sphère de la féminité, la jupe. Comme si ne pas avoir de
bout de tissu du côté intérieur des chevilles jusqu’à l’entre-jambe était source d’émasculation. Mais
l’enjeu que la jupe met en avant, ce sont surtout les représentations associées à ton identité.
Pourquoi, en 2011, la presse s’est-elle autant emballée lors de la tournée de Kanye West en kilt ?
Parce qu’une jupe sur un homme, ça dérange. Ça questionne la virilité et les clichés qui y sont
associés.

Récemment, un bruit de couloir a effleuré ton oreille et t’a fait décocher un sourire :
l’association George Sand, paraît-il, organise une journée de la jupe le jeudi 12 mars. Etudiant, tes
craintes auront sans doute plus d’ampleur que les tiennes, étudiante.
« Où se procurer une jupe ? » Eh bien, munis toi soit d’une amie ou d’un ami qui pourrait t’en
prêter une, soit de bonne volonté pour en acheter une dans la friperie de ta rue, soit d’un drapeau
BDS qui tu pourrais nouer élégamment au-dessous de ton nombril et qui serait du plus bel effet.
« Je vais avoir l’air ridicule, non ? » En l’occurrence, je t’associerai plutôt à un petit rayon de
soleil pour les passants que tu vas croiser. Si je t’assure ! Parmi les quelques visages perplexes, tu
distingueras des regards amusés, charmés, emplis de joie et de bonne humeur (et surtout, paix et
amour). Dis-toi que tu illumines leur journée ; ou que tu viens de leur transmettre un choc agréable,
qui ira de la simple curiosité à la révélation de leur vie.

En mettant une jupe, Il ne s’agit pas d’éradiquer les frontières entre féminité et masculinité ;
mais d’élargir ces conceptions, de les rendre plurielles. Peut-être que tu n’égaleras pas mon
émerveillement face à la jupe, mais tu auras participé à déconstruire un cliché enraciné dans nos
crânes. Aller à contrepied de nos représentations de manière si évidente, c’est les remettre en
question ; aller dans leur sens si c’est ce que tu souhaites, sans juger celleux qui ne prennent pas la
même voie ; ou bien porter une jupe tous les jours (youpi c’est la fête) ou occasionnellement…en
bref : ne pas aliéner un bout de tissu qui n’a rien demandé, et prôner le choix dans la construction de
son identité.

Marianne Monfort

mardi 11 novembre 2014

« APOAL », CRI DE SAGESSE PAPAOUTE


Il y a belle lurette que le poil est pris en aversion. Rasé, coupé, arraché, le poil est considéré comme un parasite à la beauté. Son extermination se fonde sur une esthétique totalitaire : je vous en prie, ne dévoilez point une parcelle de naturel ! Construisez votre beauté sans en exposer les racines, comme un artiste cache ses brouillons pour se faire passer pour un génie ! Ce que vous a donné la nature est laid, sale, d’une telle vulgarité qu’il faut en détruire toute trace.

Dans Huit bouffées de sagesse papaoute (éditions Gros texte), Karin Huet fait l’éloge d’un poil trop souvent dégradé :
 « Le poil allie l’agréable à l’utile. Il charme presque tous les sens. Beauté graphique du triangle pileux pubien qui, en sus de sa fonction de frotadou érotique, se fait admirer par la netteté de son dessin et, souvent, le contraste de sa couleur avec sa carnation. Telle une pointe de flèche, il conduit le regard vers les parties génitales. Odeur fascinante des aisselles : grâce au filet à sueur de leurs poils, ces tièdes retraits sont de vraies cassolettes à parfum. Douceur des longs cheveux qui vous caressent les épaules à chaque pas et vous frôlent le dos. Frémissement du duvet sur les avant-bras ou sur l’arrière des cuisses, amplifiant et nuançant le chatouillis de la moindre brise sur la peau. Et pour l’œil, évoquant une gracieuse prairie de graminées qui frissonnent sur le grand corps de la Terre ».

Bien que l’épilation s’applique de plus en plus aux hommes, le poil, à l’exception de la chevelure, reste associé à la seule virilité. A condition, par pitié, que le dos de ces messieurs ne soit pas velu. Tandis que les femmes font tous les efforts possibles pour ne rien laisser dépasser de leur maillot, alors qu’elles sont aussi bien dotées que les hommes de toison pubienne.

Certes, les femmes sont moins pourvues de poil que les hommes, mais il leur faut donner l’impression qu’elles sont nées sans pilosité. Ce tour de magie est une véritable perte de temps (imaginez le nombre d’heures que vous auriez pu passer à lire Simone de Beauvoir !), et d’argent (beaucoup d’argent). A la limite du sadomasochisme. Oh oui j’aime me faire mal.

Il est vrai qu’on vous a toujours appris à détester le poil. Quand vous passez devant un prétendu « salon de beauté » qui n’a d’autre objectif que de rendre votre corps plus nu encore. Quand vous admirez de belles publicités photoshoppées où la pilosité est bannie. Quand les acteurs porno vous transmettent une image de la sexualité fantasmée, et surtout non velue (en général).

Plutôt qu’un manifeste du poil, cet article est un appel à la tolérance, un cri pour limiter la déforestation qui ravage votre peau. Comme moi, vous allez, pour la plupart d’entre vous, continuer à vous épiler, parce qu’il est plus confortable et sécurisant de se conformer aux exigences esthétiques. Et puis pour pécho à Sciences Po, c’est plus facile. Tu vois, j’ai tellement peur qu’on me voie comme un être humain velu (et j’ai tellement envie de pécho) que je ne signe pas.  

C’est ça être féministe aussi. C’est pointer du doigt les clichés qui me hantent, traquer les constructions sociales et esthétiques qui s’amoncellent dans mon putain de crâne, et qui me pousse à les concrétiser de manière ridicule. C’est avouer les faiblesses de l’application de mes idées afin qu’à terme, j’en aie suffisamment honte pour gerber dessus et les anéantir (pas les poils hein).

Donc de grâce, lorsque vous apercevrez un vestige de pilosité de l’une de vos amies qui, en maillot de bain, écarte nonchalamment les jambes pour se mettre à l’aise, ravalez votre « elle est dégueu » pour, par exemple, vous dire « comme sa toison pubienne est sensuelle ! », « comme ses longs poils sur les jambes lui tiendront chaud l’hiver ! », « comme ses dessous de bras ont l’air confortables et chaleureux ! ». Respectez celles et ceux qui n’ont pas qu’ça à faire que de se dépouiller de leur pelage.  
Et puis, si l’envie vous prend de vous pencher sur l’absurdité de cette déforestation, (re)découvrez sans complexe le plaisir de la pilosité. Faites pas genre que c’est pour gagner en aérodynamisme dans l’eau de la piscine, ou pour que vos aisselles dorent plus aisément l’été sur la plage.

« Quel bel emblème que le poil ! Toujours disponible, enraciné dans le corps à de multiples exemplaires : étendard des cheveux, fanions des aisselles et, surtout, la toison ! Drapeau qui ne retranche pas l’homme dans un chauvinisme étroit mais au contraire exalte et affiche la diversité. Drapeau aux aspects variés, frisé, raide, ondulé, crépu, bouclé, fin, épais. Drapeau de tous poils, brun, roux, blond, châtain, poivre et sel ou drapeau blanc. Drapeau de paix ».


Allez, tous à poil et on se caresse. 

lundi 10 novembre 2014

Comme un voile noir sur le féminisme

                           
Je remercie particulièrement Estelle pour avoir fait la relecture et la mise en ligne de cet article.


            Pour savoir où commencer une lutte, il faut chercher les plus discrimé.e.s et les plus oublié.e.s. Où commence la Lutte Féministe? On pourrait penser aux prostituées, souvent des migrantes, violées en boucle sous la pression de leur passeur qui exige qu'elles remboursent l'exorbitante somme qu'a coûté leur illégale venue en France. Mais c'est une question visible et traitée en France, encore très récemment par l'assemblée nationale elle-même qui se demandait s'il fallait criminaliser ou non la prostitution. Si les prostituées elles-mêmes ne sont jamais entendues, elles ne sont "que" discriminées, pas oubliées.

On pourrait penser aux prisonnières. Mais si les conditions des francais.e.s en prison sont terribles et se dégradent sans cesse, les femmes n’y sont pas particulièrement discriminées. C'est toute la question carcérale qui est inexistante dans les débats sociétaux, tout le problème qui est oublié. Prisonnier comme prisonnière au même stade d'inexistence dans les questionnements nationaux.



            Alors qui? Pour moi, ce sont les musulmanes de France. Absentes du combat féministe, exclues même par une part du féminisme institutionnel qui considère dans une vision occidentalisante du féminisme qu'une femme voilée est nécessairement forcée à l'être, la Loi criminalise la croyance de ces femmes tandis que la société fait semblant de ne pas voir cette discrimination.

C'est là que la lutte féministe trouve un point de départ. Ce sont elles les femmes les plus soumises au poids du patriarcat, et le pire c'est qu'elles le sont souvent au nom du féminisme !
La question du voile est depuis longtemps au cœur des débats.

            D'abord, il faut reprendre ce qui a toujours été en France : le port de la Burqa dans le cadre public est interdit : tout contrôle d'identité oblige les personnes contrôlé.e.s à montrer leur visage. Le fait de camoufler son identité n'est pas foncièrement illégal (on peut se déguiser), mais sur demande de contrôle de Police, ou sur nécessité de s'assurer de l'identité de son client, rapport à la responsabilité d'une école qui rend des enfants à leurs parents par exemple, la règle est et a toujours été l’obligation de montrer son visage. Vous pouvez demander aux Camarades de la ZAD qui ont pris "dissimulation d'identité" en circonstances aggravantes dans leur condamnation. Donc la Burqa est illégale depuis toujours.
Le rajout d'une loi visant particulièrement les musulmanes portant la Burqa en France était donc inutile : d'un point de vue juridique tout existait déjà. Le seul intérêt de cette loi était d'en faire une déclaration politique, un coup de force médiatique contre l'"islamisation de la France".
En effet, par cette loi, on fait croire que ces femmes sont Légions, que c'est une pratique tellement répandue que dans la rue entre ces 300 femmes en Burqa on ne reconnait plus personne, etc... Ce mythe de l'islamisation de la France et de l'invasion arabe sert bien entendu un intérêt sécuritaire et un argumentaire politique particulier et sans fondement réel.



Néanmoins, derrière ces jeux de théâtre populaire pour instrumentaliser les Français "souchiens" contre une minorité, française aussi, musulmane, il y a une discrimination d'Etat à un niveau bien plus liberticide et bien loin des trois jolis mots inscrits sur notre bannière.

En effet, le port du hijab (voile dans les cheveux, ne cachant pas le visage mais seulement les cheveux à partir du front) est aussi criminalisé : interdit dans les emplois en relation avec des enfants, de fait interdit au travail puisqu'il est toléré qu'un employeur refuse quelqu'une pour port du voile, interdit pour les fonctionnaires...
Aussi bien les professeures que les femmes de ménages peuvent être renvoyées pour le seul motif de port du hijab, tandis que les lycéennes subissent elles aussi l'interdiction. 

Les motifs de ces persécutions nationales des femmes voilées? Ce qu'illes appellent le féminisme: Libérer la femme musulmane forcée par son méchant mari (presque Djihadiste n'est-ce pas, puisque musulman). Autrement dit, ces gens libéreraient des femmes en les forçant à ne pas porter un vêtement qu'elles souhaitent porter dans le cadre de leur religion.




Un paternalisme latent repeint à la touche féministe, voilà ce que sont ces lois et ces idées. Par cette vision, non seulement est dressé un portrait de machistes invétérés des hommes musulmans, ce qui est bien évidemment profondément raciste, une vision héritée directement de l'ère coloniale en fait; mais on fait aussi des femmes musulmanes des soumises, des femmes au foyer forcément mariées et enfermées dans une ambiance familiale musulmane pesante.
Mais dans quelle France vivent cette assemblée Nationale et ces citoyen.ne.s? Nos compatriotes musulmanes sont mariées a des musulmans, mais aussi à des Français athées, a des chrétiens pour certaines, à des femmes françaises, ou pas françaises, protestantes ou bouddhistes... Le stéréotype imaginaire du communautarisme musulman a-t-il tellement été diffusé et intégré que dans nos têtes une musulmane est une femme nécessairement mariée, qui plus est, épouse d'un musulman?



Cette vision est aussi absurde, débile, fausse, et surtout à vomir que la vision de la famille que propose la Manif Pour Tous avec son idée de la famille blanche hétéro franco française.

Je ne prétends pas qu'il n'y a pas en France de couple de musulman.e.s, qu'il n'y a pas en France de femmes battues, de femmes dont le style vestimentaire et l'attitude sont dictés par le mari. Tout cela existe.
Mais ces femmes sont autant les épouses de maris blanc que noirs, d'épouses camionneuses que de maris banquiers, de vieux cons agriculteurs que de jeunes chercheuses doctorantes.
Tous les féminismes parqués dans une vision culturelle, raciale, communautaire... Le sont dans un intérêt politique qui n'est pas d'émanciper les femmes de l'oppression millénaire du patriarcat.





En quoi ceci est un point de départ? Tout est dans la discrimination des femmes voilées. Par l'interdit du port du voile censé les aider, plus aucune de ces femmes n'a confiance dans les institutions. Résultat, une femme voilée qui serait battue ou violentée par son mari n'ira pas chercher d'aide puisque l'administration travaille contre elle, que la police l'interpelle dès qu'elle sort de chez elle, etc... Exclusion des femmes du champ politique du fait que l'on les perçoit comme inapte à penser par elles-mêmes : Voilà le paternalisme!

Les femmes voilées françaises ne peuvent pas travailler en respect avec leur religion. Autrement dit, les femmes mariées sont financièrement soumises à leur mari si elles souhaitent, ce qui est leur droit premier, être en respect avec leur vision de leur pratique religieuse. Dépendance des femmes envers les hommes par le biais financiers : Voilà le capitalisme!

Les femmes voilées françaises sont forcément hétérosexuelles, leur mari forcément musulmans, et donc oppressif et oppressant, etc... Voilà l'islamophobie!
  
Alors, que nous montre la situation dramatique des femmes musulmanes françaises à propos de la situation des femmes en général, mais aussi à propos de l'état du féminisme en France ?
Qu'il est grand temps de passer à un féminisme solidaire, de l'auto-émancipation, grand temps de détruire ce qui peut rester d'un féminisme qui se croit universalisant alors qu'il est circonstanciel et contextuel, grand temps de faire fermer leur grandes gueules a tous ces fachos qui sous couvert de féminisme réhabilitent une pratique coloniale et ethno-centrée.



Jamais le féminisme ne pourra être autre chose qu'une jolie présentation démago au sein d'un gouvernement qui met côte à côte un ministère des Droits des Femmes censé aider les femmes à s'émanciper et un Ministère de l'Intérieur qui les opprime et les fait traquer.

Qu'est-ce que ça peut faire que le Gouvernement soit paritaire quand les rues sont des terrains de chasse aux femmes françaises pour les fachos et la police? 

"Spéciale dédicace a toutes les femmes voilées" Tagada Jones dans la chanson Yec'hed mad (00:55)
https://www.youtube.com/watch?v=1yEipIOqF6o






PS:

Pour info: Cet article est tout sauf journalistique et professionnel, je n'ai l'audace que de tenter de vous exposer ma vision personnelle et intime de la question. Pour tout ce qui ne serait pas clair (ou disons encore moins clair que le reste), n'hésitez pas à me demander :). 






Notes et exemples en vrac: 
L'islamophobie en France est particulièrement puissante,  plus que chez la plupart de nos voisins qui comme nous ont une minorité musulmane dans leur pays. Je ne vous donnerai pas de chiffres car en réalité la majeure partie des agressions ne sont pas déclarées, étant donné que la Police est l'ennemi des classes populaires qui sont les plus touchées par ces agressions.

Pour l'anecdote, il y a eu dans mon école primaire la semaine suivant le vote de la Loi sur la Burqa dans l'espace publique une agression. Plusieurs mères issues de la communauté des gens du voyage (représentant environ la moitié des élèves de mon école) ont pris à parti une mère qui porte la burqa en lui disant qu'elle ne respecte plus la loi. Elles l'ont mise à nu en lui arrachant son voile et son haut au milieu de la cour. C'est une illustration parmi d'autres de la haine que cette loi voulait inciter.


Je ne citerais pas non plus, cette fois car elles sont trop nombreuses, toutes les agressions du type croix gammée sur des mosquées, sur des tombes, les phrases racistes et islamophobes prononcées par des politiques, les insultes et les regards dans la rue, etc.. qui créent une ambiance anxiogène et oppressante pour tous les musulmans.

Le Figaro mettant récemment un sondage pour savoir si les musulmans condamnent suffisamment l'État islamique, faisant un lien direct et ouvert entre religion musulman et terrorisme islamique, est l'islamophobie exacerbée la plus dérangeante depuis des très nombreuses années.


Chez nos voisins anglais, les professeures peuvent porter le hijab. Les médecins également. Les travailleuses qui n'ont pas de contact avec le public également. Chez nos voisins Norvégiens, dix mille personnes ont porté le hijab suite à l'arrachage du voile d'une jeune femme par des fascistes. Si ces pays ne sont pas parfaits, nous avons de loin une avance très grande sur le développement d'une haine d'Etat généralisée contre les musulman.e.s. 






Sources: Quelques exemples en passant d'articles variés sur le sujet,








Bien sûr parler à des femmes musulmanes est la meilleure des sources, mais malgré mes efforts, aucune d'elle n'a pu être simplifiée en 2D sur ce papier.

Corentin Castillo

mercredi 22 octobre 2014

Toutes les trente heures





295 féminicides en 2013 : toutes les trente heures, une femme est assassinée.
Par Daniela Dicipio


Traduction en français : Fanny Berlingen



Les statistiques ont été publiées le 6 mars à la suite d’une enquête réalisée par l’Observatoire des Féminicides en Argentine Adriana Marisel Zambrano*, pris en charge par l’Association Civile La Casa del Encuentro (litt. La Maison de la Rencontre) et présenté au Centre d’Information des Nations Unies pour l’Argentine et l’Uruguay (CINU). L’enquête a été basée sur les publications de 120 journaux nationaux et provinciaux. Des statistiques qui font bouillir de fureur car reflétant une réalité, bien qu’il soit évident que les chiffres augmenteraient s’il existait des données officielles.

Ce n’est pas la même chose de dire qu’une femme meurt, et qu’une femme est assassinée. Les termes sont souvent mal utilisés. Le mot « féminicide » est un concept politique : c’est la dénonciation de la banalisation que la société fait de la violence sexiste, c’est l’une des formes les plus extrêmes de violence contre les femmes, c’est un assassinat commis par un homme sur une femme qu’il considère comme sa propriété. « Il est indispensable de voir la violence sexiste comme une question politique, sociale, culturelle, et relative aux droits humains ; c’est comme cela que la situation grave vécue par les femmes, les petites filles et les petits garçons en Argentine pourra être vue comme une réalité collective vis à vis de laquelle il faut réagir immédiatement », dénoncent Fabiana Tuñez et Ada
Rico, responsables de l’organisation.

Ada Rico insiste : ces cas « ne sont pas que des chiffres, derrière chaque donnée il y a une femme qui n’est pas morte accidentellement mais qui a été assassinée par quelqu’un qui la considérait comme sa propriété. Derrière ces statistiques froides, il y a des femmes qui ne sont plus, des enfants qui ont perdu leur mère. Ce taux est malheureusement le plus haut en cinq ans, c’est pourquoi nous vous en prions : s’il vous plait, continuons à travailler ensemble, hommes et femmes, afin de changer cette réalité. »
La Casa del Encuentro a proposé un projet de modification du code civil pour supprimer l’autorité paternelle aux féminicides, afin que les enfants puissent avoir le droit de choisir avec qui ils souhaitent vivre.
Il est nécessaire que les médias commencent à relayer les informations en leur donnant l’importance qu’il se doit, et non comme de simples faits divers.


Toutes les trente heures, une femme est assassinée : c’est le taux le plus élevé de ces six dernières années.

  • 295 féminicides en 2013
  • 186 femmes assassinées par leur compagnon ou leur ex-compagnon
  • 112 femmes avaient entre 19 et 30 ans
  • 158 sont mortes chez elles
  • 11 étaient enceintes
  • 32 ont dénoncé leur assassin
  • 14 des meurtriers étaient soumis à une ordonnance restrictive
  • 83 femmes mortes par arme à feu, 64 poignardées, 37 sous les coups et 17 incinérées
  • 405 enfants orphelins après l’assassinat de leur mère
  • 30 féminicides liés entre eux

* Du nom d’une femme argentine assassinée en 2008 par son ex-compagnon, qui n’écopera que de 5 ans de prison pour homicide involontaire. (NDT)

Image : couverture du livre « Pour elles… 5 ans de recherche sur les féminicides » par l’Observatoire des Féminicides en Argentine Adriana Marisel Zambrano.


Entretien avec Ed Holton, jeune anglais féministe engagé pour HeForShe

Le 20 septembre 2014, Emma Watson est montée à la tribune des Nations Unies à New York pour prononcer un discours qui restera dans les annales. La puissance, la véracité et la clarté de son message ont permis de lancer la campagne HeForShe. Le principe devrait être simple, mais la nécessité d’une telle campagne est la preuve que non : l’objectif est de mobiliser la moitié de la population planétaire dans la défense de l’autre, de rassembler le maximum de garçons et d’hommes dans la dénonciation de l’inégalité des sexes.


Vous voulez savoir comment vous impliquer dans la campagne ? Voici le kit d'action de HeForShe, le mouvement de solidarité d’ONU Femmes pour l’égalité des sexes !

Les réactions au lancement de la campagne du discours de la jeune actrice britannique, désormais Ambassadrice de Bonne Volonté d’ONU Femmes, furent explosifs. Explosifs dans leur positivité, leur interactivité, leur soutien. Le hashtag #HeForShe explosa les compteurs de Twitter. Cependant, la mauvaise volonté et l’ignorance furent aussi présents dans les réactions, que ce soit via le re-retour des « Women Against Feminism » ou encore la pitoyable tentative d’un hacker de « leaker » des photos personnelles de l’actrice (#Fail). Face à l’incompréhension de certains, le manque d’empathie d’autres, c’est ensuite un jeune britannique de quinze ans qui est monté à la tribune, cette fois par une lettre adressée au Sunday Telegraph ; la maturité de ses propos est touchante, et donne espoir :



« Monsieur – J’ai regardé le discours d’Emma Watson à l’ONU et j’étais en accord avec tout ce qu’elle y a dit, c’est pourquoi je fus déçu par combien certains des autres garçons de ma classe (j’ai 15 ans et je suis élève à une école privée pour garçons) en étaient ignorants.


Nous avons la chance de vivre dans un pays occidental ou les femmes peuvent parler contre les stéréotypes. Le féminisme n’est pas la haine de l’homme ou la suprématie de la femme. C’est, par définition, le contraire. En vérité, c’est plutôt simple : si tu crois en l’égalité sociale, politique et économique des sexes, tu es féministe.

En utilisant des expressions telles que « viril » ou « chochotte », nous adhérons par inadvertance aux stéréotypes de genre. Nous jouons avec des jouets basés sur notre sexe, nous jouons différents sports en fonction de notre sexe, nous étudions souvent dans des écoles unisexes. Et pourtant il faut un certain effort pour que l’on reconnaisse l’existence de l’inégalité des sexes et de l’injustice que cela induit pour chacun des sexes.
Si nous voulons l’égalité, il faudra plus faire plus d’efforts que de payer les femmes autant que les hommes, ou leur assurer des opportunités égales. Nous devons tous prendre part dans la transformation de notre langage. Nous devons cesser de se mettre la pression à nous-mêmes pour se conformer aux stéréotypes qui plus que souvent nous refoulent et nous laissent sans capacité de s’exprimer. Nous ne devons laisser notre sexe nous définir."

– Ed Holton





Sa lettre, à l’origine intitulée « If we really want equality » (« Si nous voulons vraiment l’Egalité »), est en réalité plus longue, et dénonce l’utilisation des adjectifs « féminin » et « masculin », car engendrant une coupure trop importante entre les sexes. Très tôt il y identifie le féminisme comme étant aussi le fait que la sexualité d’une femme lui appartienne à elle seule, autant que celle d’un homme lui appartienne à lui-même. En réponse à sa problématique, que faire si nous souhaitons véritablement l’égalité, il demande d’ignorer le sexe de l’individu, d’ignorer ses préférences sexuelles, de ne donner aucune importance au fait qu’un individu ne soit pas conforme aux stéréotypes, et surtout de ne pas chercher à s’y conformer soi-même.


Le message est aussi puissant, finalement, que celui d’Emma Watson, sa sincérité palpable et son bon-sens fait consensus : le Telegraph est le premier journal britannique de droite. C’est avec plaisir et modestie qu’il a accepté de répondre aux questions de l’Asso George Sand, voici la retranscription de l’interview :


Asso George Sand : Premièrement, merci, je n’aurai jamais eu le courage que vous avez, d’être aussi clair, concis et droit au but sur un sujet aussi important à l’âge de 15 ans. Pour commencer, pourriez-vous me dire comment vous vous êtes identifié en tant que féministe? Etait-ce une réalisation naturelle, une pensée, philosophie qui a grandi avec vous, ou y-a-t’il quelque-chose qui vous a lancé dans la réflexion féministe?


Ed Holton: Merci beaucoup ! Je n’ai même pas pensé que quelqu’un lirait ma lettre, alors la réaction a été vraiment époustouflante. Si j’y réfléchis, j’ai grandi dans une famille égalitaire, alors l’idée que les femmes ne devraient pas avoir les mêmes droits que les hommes, ou étaient vues de façon différente aux hommes, m’était étrange, mais je ne m’étais jamais vraiment posé la question jusqu’à ce que je visionne un extrait du discours de Chimamanda Ngozi Adichie “We Should All Be Feminists”. La chanson de Beyoncé“***Flawless”, puis le discours d’Emma Watson m’ont persuadé qu’il était juste que les hommes et les femmes se battent pour le féminisme.


AGS: Diriez-vous que les modèles et célébrités de notre génération sont aujourd’hui de plus en plus instrumentaux dans l’égalité entre l’homme et la femme ? Y a-t-il des cas contraires, des célébrités machistes ou antiféministes qui vous ont déjà énervés ?

EH : Oui bien sûr, internet et les réseaux sociaux permettent aujourd’hui plus que jamais d’influencer les gens. Si je vois une personne tenir des propos antiféministes, je n’essaierai pas à tout prix de me lancer dans un débat houleux, dire à quelqu’un qu’il a tout faux ne résout rien. Mais je pense qu’il est dommage que tellement de personnes influentes considèrent toujours le féminisme comme une forme de haine de l’homme.


AGS : Vous dites dans votre lettre que vous étudiez dans une école privée pour garçons et que vous avez été déçu par les réactions de certains de vos camarades – de quelle façon ? Avez-vous pu y voir une assimilation du féminisme à la haine de l’homme ?

EH: Je ne visais personne en particulier. Je disais plutôt qu’il existe une certaine ignorance envers l’égalité des genres lorsque l’on étudie dans une école unisexe.


AGS: Vous avez beaucoup parlé d’égalité des genres, de Gender Equality, dans votre lettre. En France, cette expression est devenue très polémique récemment. Dans votre lettre, pourtant, nous pouvons voir que vous croyez l’égalité des genres nécessaire, même indispensable, cruciale, dans notre société. Diriez-vous que certaines mesures éducatives devraient être mises en place pour y promouvoir l’égalité des genres ?

EH: Premièrement, il me semble important de noter que certaines matières ne sont pas proposées habituellement aux deux sexes. Même si cela ne serait pas populaire au début, je pense qu’il est important de laisser chacun choisir sa voie. Cependant, je demeure largement sous-qualifié pour proposer des politiques éducatives quant à la promotion de l’égalité des genres.


AGS: Vous remarquez que certaines matières ne sont pas proposées aux filles comme aux garçons – pourriez-vous me donner quelques exemples?

EH: Le sport, par exemple: le netball pour les garçons, le rugby pour les filles. Dans beaucoup d’écoles, les cours de technologies alimentaires ne sont pas offertes aux garçons, pourtant filles et garçons doivent apprendre à s’occuper d’eux-mêmes, car ce n’est ni le féminisme ni le sexisme qui t’aideront quand tu auras faim.


AGS: Donc vous dites que l’indépendance, le droit de choisir son propre chemin à suivre, est essentiel. Cela me semble une description adéquate du féminisme et de l’égalité des genres!

EH : Oui, exactement.


PSA